Petit manuel de météo de montagne

Effet de Foehn

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Cette chronique fait partie de mon défi de lire 52 livres de météorologie en 52 semaines

La météo en milieu montagnard

La montagne est un lieu privilégié pour la pratique de nombreuses activités de plein air. Ski, parapente, randonnées, ce ne sont pas les idées qui manquent. Toutes ces possibilités offertes font que nous devenons par conséquent tributaires de la météo. Le temps peut rapidement changer en montagne, très rapidement même. Le relief montagneux joue un rôle prépondérant sur les phénomènes atmosphériques et apporte une dimension que l’on ne connaît pas en plaine : l’altitude. La prévision météo en montagne est complexe car elle nécessite une très bonne compréhension de ces concepts physiques mais aussi une excellente connaissance du terrain.

Petit manuel météo de montagneTitre : Petit manuel de météo de montagne

Auteurs : Jean-Jacques Thillet, Dominique Schueller

Éditeur : Glénat (2009)

Pages : 192

Résumé du livre

Tout comme la mer, la montagne bénéficie de services météo qui lui sont dédiés et qui s’évertuent à prévoir le temps qu’il va faire dans ce milieu au caractère hostile. La montagne est meurtrière et elle le rappelle chaque année quand des skieurs (en hiver) ou des randonneurs (en été) se retrouvent pris au piège. La principale difficulté en montagne est d’anticiper ces phénomènes météo. Les reliefs masquent l’horizon et limitent la visibilité à tel point qu’il est souvent trop tard quand on se rend compte de ce qu’il va advenir. Évoluer dans cet environnement oblige à consulter les prévisions météo mais implique aussi d’être observateur pour déceler la moindre anomalie qui pourrait faire que le temps se dégrade très rapidement.

Les phénomènes météorologiques en montagne ont très souvent des comportements bien différents qu’en plaine. Si les principes qui les régissent restent toujours les mêmes, les manifestations de ces phénomènes sont généralement exacerbées et très disparates d’un endroit à l’autre. La prévision doit donc se faire à très petite échelle et doit prendre en compte toutes les caractéristiques du terrain. La prévention a aussi une part importante dans la météorologie montagnarde car les activités humaines y sont nombreuses et sont soumises aux dangers quelle que soit la période de l’année.

 

Les paramètres atmosphériques

Éléments structurants de la météorologie, les paramètres atmosphériques servent de ciment pour l’observation et la prévision du temps. Ils sont essentiels pour faire état du temps actuel et peuvent être mesurés en tout point de l’atmosphère, que ce soit à la surface ou en altitude. La montagne n’y échappe donc pas et possède, tout comme en plaine, de stations météo qui effectuent ces relevés à intervalles réguliers.

Le plus important de ces paramètres est la température car elle varie en fonction de l’altitude à laquelle on se trouve. En règle générale, celle-ci diminue à hauteur de 0.6°C pour une élévation de 100m (sauf inversion thermique). Le randonneur qui débute son ascension devra donc avoir pris ses dispositions au préalable pour ne pas subir les effets du froid (et du vent !) une fois arrivé en haut. Le jargon météo de montagne fait référence, principalement en hiver, au terme « isotherme 0°C » qui désigne l’altitude à laquelle la température est de 0°C. Cette information est importante car elle permet de situer le niveau à partir duquel les précipitations se font sous forme solide.

Le relief exerce une influence sur le vent en provoquant des accélérations et des turbulences dans l’écoulement du flux d’air. Celui-ci s’écoulant dans une vallée qui se resserre gagne en vitesse par effet Venturi. De la même manière, lorsque celui-ci vient percuter un versant, l’air est obligé de s’élever en suivant la pente en accélérant pour basculer de l’autre côté.

Les vents se sont vus attribuer différents noms en fonction de leur provenance. On pourra citer le mistral, la tramontane ou encore la bise. La montagne est, au même titre que la côte, sujette aux effets de bises thermiques. En journée, si le soleil chauffe suffisamment les versants exposés, un courant d’air apparaît du bas de la vallée et remonte la pente. Il s’agit de la « brise aval » ou « brise montante ». A l’inverse, la nuit, les sols rafraîchissent l’air environnant qui gagne en densité et s’écoule vers le bas de la vallée. C’est la « brise amont » ou « brise descendante ».

 

Brise de montagne

Les brises amont et aval – Uved

 

Les phénomènes et types de temps

On retrouve en montagne les phénomènes sévissant en plaine comme les brumes et les brouillards. Les modes de formation des nuages restent eux aussi les mêmes à une exception près. Une cause mécanique inexistante en plaine se produit en montagne avec pour conséquence l’apparition de formes nuageuses. L’air qui rencontre une montagne est forcé à se soulever en suivant la pente du relief. Au fur et à mesure que l’air gagne en hauteur, celui-ci se refroidit jusqu’à ce qu’il y ait éventuellement saturation en vapeur d’eau. Dans ce cas, cela débouche sur la formation de nuages. Ce mécanisme d’élévation de l’air qui rencontre une montagne s’appelle le « soulèvement orographique« .

La montagne est également un lieu privilégié pour l’apparition des orages pouvant être sournois car leurs développements sont souvent très rapides et bien cachés par les reliefs. Outre les fortes précipitations qui peuvent générer des torrents de boue, il existe une manifestation tout aussi dangereuse : le front de rafale. Dans la structure de l’orage, de puissants mouvements verticaux ont lieu. La convection provoque une ascendance des particules d’air ce qui, par effet de compensation, occasionne une descente violente d’air froid et dense facilitée par les précipitations. Ce « front de rafale » vient s’écraser dans la plaine après avoir déboulé à toute vitesse la pente. Dépassant les 100 km/h, il est particulièrement dangereux et peut engendrer de gros dégâts.

 

Front de rafale

Courant d’air descendant dans un orage – Environnement Canada

 

En fonction de la situation météo synoptique (à grande échelle), le temps observé est différent d’un régime à l’autre. En hiver, le régime d’ouest rime avec neige à profusion. Ce flux est dit « zonal » puisqu’il se dirige suivant un parallèle et distribue généralement une succession de perturbations très pluvieuses en plaine et par conséquent très neigeuses en montagne. Les stations de sports d’hiver raffolent de cette configuration car elle garantit une bonne augmentation du manteau neigeux.

Le régime de nord-ouest apporte lui aussi son lot de neige. On le retrouve principalement au début du printemps (mars / avril) lorsque de l’air polaire fait irruption sur le pays. Les précipitations se font alors sous la forme de giboulées et peuvent potentiellement déposer une couche conséquente sur les massifs exposés. Le régime de sud-ouest quant à lui apporte de la chaleur mais également de l’humidité à cause du survol de la Méditerranée. Qui dit chaleur et humidité dit instabilité et donc casse-tête pour les prévisionnistes. C’est une configuration parfaite pour le développement des orages.

 

De la prévision empirique à la prévision numérique

Les dictons ont longtemps servi de point de référence pour réaliser les prédictions météo. L’avènement de l’informatique et la meilleure compréhension des phénomènes physiques présents dans l’atmosphère ont remis en cause ces croyances populaires qui sont en réalité pour la plupart erronées. Si l’outil numérique est un allié précieux, l’observation « in situ » est également essentielle pour prendre en compte les particularités du terrain.

Les bulletins météo de montagne sont donc construits grâce à ces deux éléments associés judicieusement et avec pragmatisme. La puissance de calcul et la justesse scientifique des modèles numériques d’un côté et l’expérience des personnes évoluant sur place de l’autre. De structures simples afin d’être lus rapidement et facilement, ces bulletins couvrent différentes échéances :

  • Prévisions à 24h
  • Prévisions à 48h
  • Prévisions à moyen terme (du 4ème au 7ème jour)

Internet fournit également une base d’informations importantes en libre accès qui profitera à tous sous réserve d’être apte à interpréter ces cartes.

 

Prévisions météo de montagne

Prévisions météo pour Serre Chevalier – Météo France

 

Critique du livre

Se positionnant en véritable guide du temps, le « Petit manuel de météo de montagne » nous éclaire sur l’ensemble des phénomènes météo qui sévissent dans nos massifs montagneux. Si ce livre n’a pas la prétention d’être un kit complet du prévisionniste de montagne comme indiqué en préambule, celui-ci fournit tout de même les bases élémentaires pour comprendre et anticiper les changements de temps.

La lecture de ce livre m’a permis d’en savoir plus sur la météo appliquée à la montagne. C’est un domaine que je connais encore très peu à l’heure actuelle. Il faut dire que j’ai beaucoup plus le pied marin que le pied alpin :) Une des forces de l’ouvrage est aussi de proposer de nombreuses illustrations sous la forme de schémas qui viennent expliquer très simplement les phénomènes abordés. En un coup d’œil, on parvient alors à comprendre le sens du propos. La citation « un dessin vaut mieux qu’un long discours » prend tout son sens ici.

J’ai aimé également que ce livre reprenne l’intégralité des fondements de la météorologie en la déclinant ensuite au milieu montagneux. On perçoit bien alors les nuances entre ce qu’il se passe en plaine et en montagne. Au fur et à mesure de mes lectures, je commence à être rôdé sur le sujet à force d’enfoncer le clou 😉

Cependant si c’est un très bon livre pour mieux cerner les spécificités de la météo montagnarde, j’ai trouvé que sa structure n’était pas des plus simples qu’il soit. Si l’idée d’aborder les différents régimes les uns à la suite des autres est une bonne idée selon moi, j’ai trouvé que certains phénomènes spécifiques à la montagne étaient disséminés un peu partout dans le livre à une place qui n’était pas forcément la leur. J’aurais également préféré voir la partie sur les grands principes météorologiques comme la circulation planétaire beaucoup plus tôt dans l’ouvrage notamment pour faciliter la compréhension des novices. Enfin pour clôturer les aspects négatifs, j’ai trouvé certains points abordés assez complexes techniquement parlant et ce malgré mes connaissances en thermodynamique et en dynamique des fluides. Les débutants pourront donc être assez rapidement perdus et découragés.

La fin du manuel est dédiée au domaine de la prévision et fait notamment un parallèle entre les méthodes de prévisions empiriques à l’ancienne et celles de nos jours aidées par les outils numériques à notre disposition. Une multitude de liens vers des sites Internet sont fournis permettant ainsi au lecteur d’aller consulter ces importantes banques de données gratuites. Les auteurs n’oublient pas aussi les sites de passionnés en offrant une sélection de plusieurs d’entre eux dont Infoclimat et Météociel.

Le « Petit manuel de météo de montagne » est un bon ouvrage pour tous ceux qui souhaitent en apprendre plus sur les phénomènes météorologiques en milieu montagnard. C’est l’un des rares livres à ma connaissance à aborder ce sujet de fond en comble.

 

Points forts :

  • Livre complet qui aborde l’ensemble des phénomènes météo de montagne
  • De nombreuses illustrations de qualité pour expliquer les concepts

 

Points faibles :

  • Structure du livre perfectible par certains endroits
  • Complexité technique qui pourra rebuter le novice en physique

 

Ma note :

Lire plus de commentaires sur « Petit manuel de météo de montagne » sur Amazon.

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Recherches utilisées pour trouver cet article : meteorologie en montagne notions

2 commentaires

  • Pour aller tout de suite à l’essentiel, je suis l’auteur du « Petit manuel de Météo Montagne ».

    J’ai lu cette présentation avec grand intérêt. Je la trouve très bien présentée (illustrations belles et pertinentes), comme l’ensemble de ce Guide que j’ai découvert il y a quelques instants. J’y ai donc trouvé, un peu par hasard, cette analyse sur mon bouquin.

    Je considère les remarques, les critiques et la note bien argumentées après une lecture complète, donc très honnêtes. Je peux comprendre et partager ce point de vue (dans Amazon, les appréciations sont plus positives et même très positives, chacun peut aller le constater).

    Oui, j’ai voulu balayer les phénomènes montagnards avec exhaustivité. Je possède une expertise pour le faire puisque j’ai été le premier animateur de la station météo de Chamonix, en 1969. Une antenne expérimentale d’été, obtenue par Maurice Herzog, député-maire, auprès de la Météorologie Nationale. 6 étés de suite, tout seul, chaque jour du lundi au dimanche. Crevant (pas de modèles !…), mais exaltant, avec des contacts humains irremplaçables, très enrichissants, inoubliables. Puis la direction durant 5 ans de la Station qui s’étoffe en personnel, après être devenue permanente en novembre 1974.

    Oui, les illustrations de mon collègue et ami, Dominique Schueller (qui termine en ce moment sa carrière à La Réunion) sont très réussies.

    On peut effectivement discuter du positionnement de certaines notions dans l’architecture du livre. Pourquoi pas, mais pas rédhibitoire.

    Trop technique par endroit. OK, je m’en doutais. D’abord, j’ai voulu expliquer assez à fond, tout en évitant les formules, des notions souvent survolées ailleurs. C’était un challenge, mais une vrai souci pédagogique. Ensuite, j’ai dû condenser, sous l’autorité sourcilleuse de l’éditeur – c’est son job ! – qui avait fixé contractuellement un certain volume de pages (j’avais rédigé 1/3 de plus que ce qui a été publié…). Je suis parfaitement conscient, pour en avoir discuté avec des amis, des lecteurs de rencontre, qu’il faut « délayer », simplifier davantage encore certains phénomènes assez ardus. Pas simple, mais c’est un devoir de pédagogie, et aussi l’envie de faire aimer une science magnifique (l’Environnement !), « dans laquelle je suis tombé très petit », et qui me passionne de plus en plus… .

    Dans l’ensemble, je trouve cette critique très positive, malgré la « rigueur » de la note étoilée. C’st un honneur que d’être mis en relief dans ce blog de qualité. Merci à son animateur donc.

    Bonne lecture aux acquéreurs futurs.

    Meilleurs Vœux à tous. Et « Bon Vent », comme disait le prince des animateurs météo français, Alain Gillot-Pétré, parti trop tôt, vrai passionné et pétri d’innovation.

  • Bonjour Jean-Jacques et merci à vous pour votre commentaire. Cela me fait sincèrement plaisir que l’auteur de ce livre vienne réagir en personne à ma chronique :)

    Comme vous l’avez très justement noté, j’ai le souci du détail. J’essaye d’apporter une critique approfondie de chaque ouvrage de météo que je chronique en plus du résumé. D’ailleurs synthétiser un bouquin est un exercice bien plus compliqué qu’il n’en a l’air.
    J’assume complètement la note étoilée qui peut sembler un peu « dure ». A vrai dire, 3 mois après avoir écrit cette chronique, je trouve que la note ne reflète pas assez bien mon appréciation générale qui est très bonne.

    Cela n’enlève évidemment rien à la qualité de votre travail. A travers les différents phénomènes météo abordés dans le livre ainsi qu’à la lecture de votre commentaire, on ressent bien votre passion pour cette science passionnante ! C’est un des (trop) rares livres dédiés à la météorologie de montagne. Et pourtant il y a tellement à dire ! La météo est un facteur essentiel quand on pratique une activité en montagne car il peut vite se retourner contre nous… avec des conséquences qui peuvent être lourdes.

    Ce livre a le mérite de traiter le sujet de fond en comble et c’est bien le seul à ma connaissance. C’est un point que j’ai fortement apprécié lors de sa lecture.
    Vous faites bien d’aborder le sujet de l’éditeur car c’est un aspect dont le lecteur n’a pas connaissance. Et cela peut expliquer la structure du livre. On n’est jamais totalement libre quand on écrit un livre…

    Je voulais aussi vous adresser mon admiration pour votre parcours de météorologue ! J’imagine qu’être le premier animateur de la station de Chamonix a dû être exaltant et passionnant. Avec les moyens de l’époque, faire des prévisions météo était bien plus compliqué que maintenant. Que de progrès faits depuis cette époque !

    Merci encore pour vos retours très positifs sur le blog. Cela me touche d’autant plus quand cela vient d’un expert du domaine ! :)

    A très bientôt,
    Pierre

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