Guide des vents marins

Bâteau à voile

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Cette chronique fait partie de mon défi de lire 52 livres de météorologie en 52 semaines

Un panorama des vents marins rencontrés par les plaisanciers

Le vent est un élément important pour les plaisanciers qui doivent l’apprivoiser pour mener leur embarcation à bon port. Alors que les terriens parlent « du » vent, les marins préfèrent parler « des » vents car il existe un très grand nombre de configurations venteuses qui ont chacune leurs caractéristiques. Chaque mer du globe possède ses vents qui lui sont propres et que les marins se doivent de connaître. Aussi, les mécanismes de formation de ces vents sont également des facteurs essentiels dont il faut avoir pleine conscience afin de pouvoir naviguer en toute sérénité.

 

Guide des vents marins

Titre : Guide des vents marins

Auteurs : François Vadon

Éditeur : Chasse-Marée (2005)

Pages : 125

 

Résumé du livre

Le vent est le maître du marin… Tel est le tableau qui est dressé depuis la nuit des temps. N’ayant aucun pouvoir sur les éléments, il est évident que l’Homme subit le vent et ne peut que s’adapter à lui, faute de pouvoir le dompter.

Le vent est la manifestation d’un écart de pression atmosphérique entre deux zones et a pour rôle de constamment rééquilibrer cette différence. La météorologie a permis au fil des siècles de comprendre, d’expliquer et de prédire le comportement du vent, que ce soit sur terre ou en mer.

Des dieux à la science moderne, le vent a traversé les âges sans prendre une seule ride et est resté au centre de toutes les attentions des marins et des terriens. Et honnêtement, on ne voit pas comment cela pourrait changer dans le futur.

 

Conceptions et connaissances d’hier

Le marin est de tout temps en étroite relation avec le vent. Des écrits datant de l’époque de la Grèce Antique relatent ce lien fort entre les hommes et les éléments qui étaient selon les croyances perçus comme des interventions divines. Au fil des siècles le vent a constamment été associé aux religions. La tradition biblique le voyait comme le souffle de Dieu alors que le Coran lui conférait le rôle de messager divin. On retrouve également cela chez les Hindous qui le percevaient comme le souffle cosmique établi entre le ciel et la terre.

La météorologie populaire a évolué avec le temps en se basant principalement sur l’observation de la nature. Les dictons sont peu à peu apparus jusqu’à s’ancrer fermement dans les croyances populaires grâce à l’expérience des générations précédentes. Si certains de ces dictions ont été démontrés scientifiquement parlant depuis, bon nombre d’entre eux ont été mis à mal car ils n’avaient aucun fondement scientifique.

Les vents marins ont été à l’origine de grandes découvertes qui ont façonné le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui. Les vikings au 9ème siècle puis la lignée des grands navigateurs européens du 15ème siècle ont su utiliser à bon escient ces mouvements d’air pour traverser des océans d’un bord à l’autre. Leur goût pour l’aventure associé aux quelques connaissances empiriques qu’ils avaient ont permis de développer de façon considérable le commerce maritime.

La rose des vents est une représentation ancestrale permettant de cartographier la provenance des vents à l’aide des points cardinaux. Force est de constater qu’elle a très bien traversée les âges puisqu’on la retrouve encore de nos jours. Si la direction (ou plutôt la provenance) est facilement identifiable, il aura fallu attendre le 15ème siècle pour avoir les premières mesures de la vitesse du vent grâce à Leone Battista Alberti et son anémomètre à plaque.

 

Rose des vents

Rose des vents – Crédit photo : much0

 

Du calme plat à l’ouragan

Le vent correspond à un déplacement d’air allant des hautes pressions vers les basses pressions. Mais ce déplacement ne se fait pas de manière rectiligne à cause de la force de Coriolis qui dévie cette trajectoire vers la droite dans l’hémisphère nord et vers la gauche dans l’hémisphère sud. Le météorologiste néerlandais Buys-Ballot fit au 19ème siècle le constat empirique qu’en se plaçant face au vent, il était possible de situer par rapport à soi le positionnement de l’anticyclone (à sa gauche) et de la dépression (à sa droite).

 

Loi de Buys-Ballot

Loi de Buys-Ballot – Sillages Forum

 

L’amiral anglais Francis Beaufort inventa l’échelle à laquelle il donna son nom et qui traduisait à l’origine les effets tangibles du vent sur les voiles des navires britanniques. Cette échelle comporte 13 niveaux allant de 0 (calme plat) à 12 (ouragan) et a été adaptée depuis pour mieux correspondre aux besoins terrestres. Pour les différents niveaux de l’échelle de Beaufort on retrouve des phénomènes météorologiques ayant des conséquences très diverses comme :

  • Les brises marines
  • Les coups de vent d’orage
  • Les trombes marines
  • Les tempêtes
  • Les ouragans

 

Il convient d’insister que ces phénomènes naissent de causes atmosphériques qui leur sont propres et qu’il ne faut pas mélanger entre elles.

 

Le vent des scientifiques

Les déplacements d’air qui forment le vent sont régis par les lois de la physique (thermodynamique et mécanique des fluides) ce qui permet de prévoir la constitution de l’atmosphère dans le futur. Différentes forces s’appliquent sur les particules d’air, que ce soit sur le plan horizontal ou vertical. Horizontalement, les forces de Coriolis et de pression interviennent et provoquent un déplacement d’air si la résultante des deux est non nulle.

Ces déplacements ont pour cause un différentiel de pression entre les anticyclones (A) et les dépressions (D) qui sont eux mêmes engendrés par l’inégale répartition du rayonnement solaire à la surface du globe. On retrouve à différentes latitudes des zones de hautes ou de basses pressions caractéristiques de cette circulation atmosphérique (en savoir plus).

On parle communément du vent mais il faut savoir qu’il existe plusieurs types de vents d’un point de vue météorologique. Le vent réel est celui qui est observé par les stations météo à une hauteur de 10 mètres pour s’affranchir des perturbations de surfaces (houle, obstacles, etc.).

Le vent synoptique est quant à lui proche du vent réel mais il ne tient pas compte des spécificités locales comme les effets de relief ou de brise. Il correspond au vent établi sur une grande zone (quelques dizaines de kilomètres sur le plan horizontal) et tient compte des forces de frottement sur la surface terrestre.

Enfin le vent géostrophique correspond à l’équilibre entre les forces de Coriolis et la force du gradient de pression atmosphérique. Celui-ci souffle parallèlement aux isobares dans l’atmosphère au-dessus de la couche limite (1 500m).

 

Vent Géostrophique

Les différentes composantes du vent – Environnement Canada

 

Vent et marins d’aujourd’hui

Les cartes météo sont très présentes aujourd’hui dans le monde maritime notamment la carte isobarique qui positionne géographiquement parlant les différents centres d’action. La localisation des anticyclones et des dépressions est un facteur essentiel qu’un bon marin se doit d’étudier avec la plus grande attention. Les lignes de front, représentant les conflits de masses d’air, sont également indiquées et fournissent des informations intéressantes qu’il convient de prendre en considération puisque ces lignes traduisent une dégradation du temps avec potentiellement l’apparition d’un fort vent.

Le vent agit directement sur la mer ce qui provoque un mouvement des molécules d’eau par résonance. Du clapot apparaît d’abord pour former ensuite des vagues puis de la houle si le vent dure assez longtemps. Cette dernière persiste par inertie un certain temps même après disparition du vent. La « mer du vent », qui ne doit pas être confondue avec la houle, désigne le mouvement de la mer directement engendré par l’effet du vent. Celle-ci cesse une fois le vent tombé.

 

Formation Houle Atlantique

Formation de la houle en Atlantique – Crédit photo : 123Océan

 

Pour en revenir aux vents marins, il convient aussi d’aborder le cas du vent apparent que l’on perçoit sur un voilier en pleine marche. Celui-ci est donc différent du vent réel (sauf si ce dernier est nul). A noter que la girouette présente sur les voiliers indique le vent apparent et non le vent réel puisque celle-ci est solidaire du bateau.

 

Les vents marins de l’Europe du Nord

Contrairement au bassin méditerranéen, la prévision des coups de vent sur le proche Atlantique européen et sur la Manche est relativement simple à appréhender. Les deux raisons que l’on peut avancer pour expliquer cela sont les suivantes :

  • Le proche Atlantique et la Manche se situent à une latitude où a lieu la confrontation des masses d’air polaire et tropical à l’origine des dépressions venant d’Atlantique qui sont facilement prévisibles
  • Le faible relief près de l’Atlantique facilite les mouvements des flux d’air contrairement à la Méditerranée

 

Les différentes générations de marins qui ont écumé les mers du littoral Atlantique ont nommé dans leur langue d’origine (français, flamand, basque ou encore breton) les différents vents. A force de les côtoyer, ils ont appris à l’exploiter intelligemment mais aussi à s’en méfier. Les noms « Suroît » (vent de sud-ouest) et « Noroît » (vent de nord-ouest) reviennent régulièrement et sont encore employés de nos jours.

Si le vent possède dans ces régions une forte composante « ouest » (surtout en régime dépressionnaire), il arrive parfois que le vent se lève de l’est pour souffler en tempête par beau temps. Cette configuration se retrouve principalement en Manche pendant une période de beau temps lorsque l’anticyclone des Açores est solidement vissé sur les îles britanniques et qu’une dépression s’approche par la péninsule ibérique. Le rapprochement de ces deux centres d’action provoque alors un resserrement des isobares et l’apparition d’un fort vent.

 

Vents Côte Atlantique

Les vents de la côte Atlantique – Crédit photo : CNSL

 

Les vents dominants océaniques

Les océans représentent plus de 70% de la surface de la planète ce qui en fait des étendues colossales parcourues par des vents dominants. Il est impossible de les aborder les uns après les autres étant donné leur très grand nombre. Ceci dit, on peut toutefois dresser le portrait des plus représentatifs d’entre eux.

Les vents de mousson sont la conséquence de la grande disparité d’ensoleillement entre l’hémisphère nord et l’hémisphère sud aux périodes de solstices. De ce fait la zone de convergence intertropicale (ZCIT) oscille de manière significative au niveau du continent asiatique. Ceci est notamment dû à la présence de la chaîne himalayenne qui est un véritable réservoir d’air froid et dense pendant l’hiver boréal et un vrai four pendant l’été. Ces forts contrastes thermiques occasionnent deux types de moussons aux caractéristiques bien différentes :

  • La mousson d’hiver est dite « sèche » car l’air descendant de l’Himalaya crée un effet de foehn
  • La mousson d’été est dite humide car l’air venant directement de l’océan indien occasionne de fortes pluies en rencontrant le relief montagneux

 

Mousson Inde

Mousson d’été en Inde – Crédit photo : La Chaîne Météo

 

Les alizés, que l’on rencontre aux latitudes tropicales, sont des vents d’une grande régularité qui soufflent de secteur nord-est dans l’hémisphère nord et de secteur sud-est dans l’hémisphère sud. Les alizés se sont vues attribuer le nom de « Trade Winds » par les Anglo-saxons car elles leur permettaient de gagner facilement le continent américain ce qui a contribué à développer significativement le commerce à l’époque et a permis de faire de grandes découvertes.

 

Les vents marins en Méditerranée

La Méditerranée est une succession de différents bassins bordés par le relief qui canalise les vents de manière complexe. On pourrait croire que cette mer (quasiment) fermée soit des plus calmes et propice à la navigation quelle que soit la saison. Il n’en est rien !

Tout y est complexe en matière de prévision du vent à tel point que cela a débouché sur l’apparition d’un grand nombre de noms de vents qui ont chacun leurs caractéristiques bien précises. Sur la partie française de la Méditerranée, nous connaissons le Mistral et la Tramontane qui sont les vents les plus populaires. Ils peuvent tous les deux souffler très fort de secteur nord-ouest à nord ce qui est un véritable danger pour les marins qui les fuient comme la peste.

 

Vents Méditerranée

Les vents de Méditerranée occidentale – Crédit photo : Sextant

 

La mer Adriatique possède également ses propres vents (le Bora, le Sirocco) tout comme la Corse et la Sardaigne (le Libeccio). Le bassin oriental de la Méditerranée n’est pas en reste et peut compter sur le Meltem (vent à dominante nord-ouest) qui souffle fort sur les côtes grecques et turques. Celui-ci apparaît principalement lors de conditions anticycloniques établies sur les balkans et la présence d’une dépression sur l’Irak.

 

Vent Meltem

Le Meltem en Méditerranée orientale – Crédit photo : Wikipédia

 

Critique du livre

Le livre « Guide des vents marins » nous dresse la cartographie des principaux vents qui parcourent les mers et les océans avec un vocabulaire technique mais sans jamais être complexe. Certes les termes de la navigation en mer sont présents mais les explications sont suffisamment claires pour pouvoir être comprises par tous.

Cet ouvrage se lit très rapidement : il faut compter une heure ou deux tout au plus pour le terminer. J’ai trouvé sa structure cohérente ce qui permet de fluidifier la lecture. Les premiers chapitres relatent les aspects historiques des vents pour ensuite évoquer les causes macroscopiques en faisant appel à la météorologie générale. Les dernières parties sont réservées à l’énumération des vents sur les différents bassins de navigation permettant ainsi d’avoir une vision plus microscopique.

Si ce guide détaille très bien les vents marins au fil des 125 pages, il ne tombe pas pour autant dans une présentation exhaustive, détaillée et interminable de tous les vents qui existent sur cette planète. A noter que le style d’écriture est bon et rend la lecture agréable.

J’ai particulièrement apprécié les illustrations explicatives dessinées à la main qui ont un caractère « authentique ». C’est un vrai plus je trouve même si certaines sont un peu « brouillonnes » car regroupant parfois beaucoup (trop ?) d’informations sur un seul dessin. J’ai aussi aimé la distinction faite, en termes de chapitres, entre les vents de l’Atlantique et ceux de Méditerranée. Ces deux bassins de navigation ont des caractéristiques venteuses très différentes et cela me semble essentiel de les étudier chacun de leur côté pour mieux faire ressortir ces disparités.

S’il y a beaucoup de points positifs dans ce livre, il y a quand même quelque chose que j’ai trouvé dommage. Les ressources météo du marin sont complètement passées sous silence. Il n’y a qu’une seule double page en fin de bouquin qui indique quelques informations sur les bulletins de météo marine et quelques liens Internet qui se battent en duel. Alors c’est vrai que le livre a été publié il y a quelques années maintenant (2005) et qu’à l’époque nous disposions de moins d’outils que maintenant, mais je pense que cette partie aurait pu être tout de même plus développée. Ce sont à mon sens des outils indispensables pour les marins d’aujourd’hui, qu’ils soient navigateurs ou pêcheurs.

Néanmoins c’est le seul point faible que j’ai trouvé à ce livre (il fallait bien en trouver un :) ). Je pense que toute personne qui pratique une activité en mer, quelle qu’elle soit, devrait avoir en sa possession ce livre de pédagogie qui donne une bonne vue des différents vents marins que l’on peut rencontrer en écumant les mers du globe 😉

 

Points forts :

  • Livre qui recense avec pédagogie les principaux vents marins de notre planète
  • Illustrations dessinées à la main très claires et didactiques
  • Livre parfois technique mais qui reste facilement abordable et bien vulgarisé

Points faibles :

  • Partie sur les outils (bulletins météo, ressources Internet) pauvre en contenu

 

Ma note :

En savoir plus sur le livre « Guide des vents marins » sur Amazon.

 

Photo « A La Une » : Elisaboba (Flickr)

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4 commentaires

  • bonjour
    j’ai bien lu ton articles sur les vents:
    En tant que marin en méditerranée, je cherche toujours les sites pour pouvoir avoir avec le plus de précisions les vents, en force et direction avec le plus de précisions possible.
    Pas mal de sites sortent des infos , +ou- exploitables, mais on essaye de passer entre les tempêtes …
    SI tu as des tuyaux sur comment avoir des sites exploitables et fiable, je suis preneur…

  • le dolédec philippe

    bonsoir

    quelle influence directe et très basique de l’effet Coriolis sur la direction des vents…c’est un phénomène assez difficile a concevoir pour le néophyte : as tu une explication claire et lumineuse pour le débutant?

    • Bonjour Philippe,

      Voici la définition du glossaire du blog. En espérant que celle-ci vous aide à comprendre ce phénomène de grande échelle.

      La force de Coriolis est une force inertielle qui dévie la trajectoire d’un objet en mouvement à la surface d’un objet en rotation.

      En météorologie, cette force a pour conséquence de dévier toute masse d’air en mouvement vers la droite dans l’hémisphère nord et vers la gauche dans l’hémisphère sud. Elle agit sur le sens de rotation des vents dans les anticyclones et les dépressions.

      La force de Coriolis est maximale aux pôles et est nulle à l’équateur.

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